J’ai mon voyage! Non seulement «notre» Caisse de dépôt et placement a cédé son gros bloc de 14,3% d’actions d’Héroux-Devtek afin de permettre au fonds américain Platinum Equity de mettre le grappin sur ce fleuron québécois, mais en plus la Caisse a finalement aidé Platinum à financer la fameuse OPA (offre publique d’achat).
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Il en est de même de la part du Fonds de la FTQ qui, après avoir cédé son bloc de 10,9% d’actions d’Héroux-Devtek, a également prêté de l’argent à Platinum pour lui permettre de compléter le financement de l’OPA sur Hétroux-Devtek.
À eux deux, la Caisse et le Fonds FTQ ont prêté 150 millions$ à Platinum afin de lui permettre de financer l’acquisition d’Héroux-Devtek.
L’OPA sur Héroux-Devtek est une méchante perte pour le Québec Inc.: Héroux-Devtek est l’un des principaux fabricants internationaux de produits aérospatiaux et le troisième plus important fabricant de trains d’atterrissage au monde.
Héroux-Devtek a été cédée à Platinum pour 1,35 milliard de dollars. Le bloc d’actions de la Caisse lui a rapporté une recette brute de 156 millions $ et celui du Fonds FTQ environ 120 millions $.
Le boss de Platinum, lui, est reconnaissant!
La Caisse et le Fonds FTQ n’avaient jamais dévoilé qu’ils avaient prêté de l’argent à Platinum pour compléter le financement de l’OPA sur Héroux-Devtek.
C’est par l’entremise du communiqué de Platinum Equity annonçant que l’acquisition d’Héroux-Devtek avait été finalisée le 12 février dernier, que nous avons appris l’étonnante implication de la Caisse et du Fonds FTQ dans le financement de cette OPA.
L’information provient du coprésident de Platinum Equity, Louis Samson. Il s’est dit «reconnaissant et enthousiaste envers les investisseurs locaux à long terme, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) et le Fonds de solidarité FTQ (FTQ), d’avoir investi dans le financement par emprunt de la transaction».
Question au PDG de la Caisse
J’ai demandé à Charles Émond: «Après avoir cédé votre bloc de 14,3%, vous avez ainsi financé [par l’entremise d’un prêt de quelque 150 millions avec le Fond de la FTQ] l’acquisition d’Héroux-Devtek par Platinum. Aider financièrement cette entreprise étrangère à mettre le grappin sur Héroux-Devtek, notre fleuron québécois, en quoi cela représente-t-il un investissement judicieux?»
Réponse de la porte-parole de la Caisse, Isabelle Adjahi. «Le financement aurait eu lieu avec ou sans la CDPQ [la Caisse] – le fonds Platinum n’avait pas besoin de nous, dit-elle. Nous avons choisi de participer à cette transaction sous forme de dette pour rester un partenaire d’Héroux-Devtek et pouvoir éventuellement revenir dans l’actionnariat en participant à des acquisitions ou projets de croissance futurs.»
ET LE FONDS FTQ?
Pourquoi le Fonds FTQ a-t-il lui aussi aidé à financer l’OPA sur Héroux-Devtek après avoir cédé à Platinum son bloc de 10,9% d’actions? Est-ce un investissement judicieux pour le Fonds FTQ?
Réponse du porte-parole Patrick McQuilken: «En gardant l’entreprise en portefeuille, le Fonds demeure à la table et peut avoir une influence sur son avenir. Nous avons tenu compte de plusieurs facteurs avant d’effectuer cet investissement, dont la volonté clairement exprimée par Platinum de maintenir au Québec le siège social, l’équipe de direction et le centre de recherche et de développement d’Héroux-Devtek. Nous sommes également rassurés par la présence du Québécois Louis Samson en tant que co-président de Platinum.»
Une acquisition par des financiers
Les fonds d’investissement comme Platinum sont généralement reconnus pour effectuer des acquisitions par «leveraged buyout», c’est-à-dire un rachat avec effet levier. Ce mécanisme financier permet aux acquéreurs de racheter une entreprise en la surendettant. Ensuite, ils comptent sur les bénéfices générés par l’entreprise pour rembourser la dette.
Platinum Equity a plus de 48 milliards de dollars d’actifs sous gestion. Son portefeuille comprend une cinquantaine de sociétés d’exploitation. Spécialisée dans les fusions et les acquisitions, la société Platinum Equity a réalisé plus de 450 acquisitions en 29 ans d’existence.
Un rappel des dessous de la transaction
La porte-parole de Charles Émond tient à rappeler que la Caisse souhaitait demeurer actionnaire d’Héroux-Devtek. Mais la Caisse «n’a pu faire partie de cette transaction, dit-elle, ni d’une solution alternative, car plusieurs variables fiscales et légales hors de notre contrôle auraient eu un impact majeur» sur Héroux-Devtek.
«Nous avions alors priorisé la mise en place d’engagements pour préserver les intérêts québécois [maintien du siège social, des activités de fabrication ainsi que des fonctions de gestion et de R&D au Québec].»
Paroles, paroles…
La meilleure façon de préserver les intérêts québécois dans Héroux-Devtek, c’était de rester actionnaire. Point à la ligne. Que la Caisse et le Fonds de la FTQ ne nous prennent pas pour des TAOUINS avec leurs prêts au fonds américain Platinum!
Rappelons que ni le premier ministre François Legault, ni l’ex-super ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon n’avaient été informés de la décision de la Caisse de céder à Platinum ses actions d’Héroux-Devtek. Messieurs Legault et Fitzgibbon n’avaient guère apprécié de se retrouver devant le fait accompli.
Au lendemain de la mégatransaction, le grand patron d’Héroux-Devtek, Gilles Labbé, s’est retrouvé avec une juteuse cagnotte de 100 millions $.