Dans les faubourgs de Tianjin, un gratte-ciel de verre et d’acier dresse sa silhouette vertigineuse au-dessus du paysage urbain. Haut de 597 mètres, Goldin Finance 117 devait incarner l’ambition architecturale et économique de la Chine du début des années 2010. Dix ans après l’arrêt brutal de son chantier, ce géant longtemps abandonné sort de son sommeil, relancé dans un contexte où les symboles comptent parfois plus que les usages.
Mais en 2015, le projet est brutalement interrompu. Le krach boursier chinois fragilise alors Goldin Properties Holdings, le promoteur basé à Hong Kong, qui est rapidement placé en liquidation. Son fondateur, Pan Sutong, jadis l’un des hommes les plus riches du territoire, perd sa fortune. Le gratte-ciel devient un colosse figé, illustrant à lui seul la fragilité du modèle de croissance basé sur l’endettement et la spéculation.
Depuis, l’édifice est resté vide. Son enveloppe de verre achevée, mais son intérieur laissé à l’abandon, Goldin Finance 117 est devenu le plus haut bâtiment inhabité au monde, selon Popular Science.

Le Goldin Finance 117, une relance politique plus qu’économique
Dix ans après sa mise en pause, le chantier reprend. Les autorités ont délivré un nouveau permis de construire, pour un projet au budget estimé à 569 millions de yuans, soit près de 66 millions d’euros. Le nom de Goldin n’apparaît plus sur les documents officiels, laissant présager un changement d’identité pour le gratte-ciel, désormais sans promoteur d’origine.
Ce redémarrage ne survient pas seul. D’autres projets laissés en suspens, comme la tour Greenland à Chengdu, bénéficient eux aussi d’un regain d’intérêt. Le gouvernement central pousse à la relance de ces chantiers spectaculaires pour tenter de rassurer un secteur miné par les faillites. À en croire CNN, les autorités locales jouent un rôle moteur dans ces décisions, en injectant fonds publics et soutien logistique.
Mais cette stratégie repose davantage sur l’image que sur la rentabilité. Comme le souligne Qiao Shitong, professeur à l’université Duke et spécialiste de l’immobilier chinois, l’achèvement de ces projets vise avant tout à restaurer la confiance du public. Les supergratte-ciels deviennent ainsi des symboles de résilience plus que des outils viables de développement urbain.
Un avenir incertain pour un colosse mal ancré dans le réel
En 2020, la Chine a imposé de nouvelles règles strictes. Les autorités interdisent désormais la construction de tout gratte-ciel de plus de 500 mètres, afin d’enrayer l’emballement spéculatif. Goldin Finance 117 échappe à cette règle, car son chantier avait commencé avant la réforme. Il pourrait donc être l’un des derniers géants de béton de cette envergure à voir le jour dans le pays.
Pourtant, ses perspectives économiques restent floues. Le marché immobilier chinois souffre d’un excès d’offre, en particulier dans les bureaux et l’hôtellerie haut de gamme. Selon Newsweek, les taux d’occupation stagnent et les ventes de biens neufs ralentissent, rendant difficile la rentabilisation d’un tel édifice.
L’ensemble du projet devait à l’origine inclure un pôle financier, des villas, un centre de congrès et un club de polo. Rien ne garantit que ces infrastructures seront achevées ou viables à terme. D’après Indian Defence Review, même si le bâtiment devient le troisième plus haut de Chine et le sixième mondial, il n’est pas certain que sa hauteur suffise à attirer locataires ou investisseurs.
Cette relance, au-delà de son aspect spectaculaire, met donc en lumière une réalité plus amère : celle d’un modèle urbain qui s’essouffle. Le gigantisme architectural, longtemps vu comme un marqueur de puissance, pourrait bien appartenir à une époque révolue.