Née dans la Roumanie de Ceaușescu, Delia Cristea, associée, cheffe de l’exploitation et cheffe du contentieux chez Power Sustainable, veut laisser une marque positive chaque jour. L’Association des femmes en finance du Québec lui remet le prix Inspiration Andrée-Corriveau 2025. Entretien.
Mme Cristea, vous avez de nombreuses implications à votre CV. Pouvez-vous vous présenter ?
Chez Power Sustainable, je suis gestionnaire d’actifs centrés sur la finance climatique et le développement durable. Je suis aussi présidente du conseil d’administration d’Avocats sans frontières Canada depuis 2020. Puis, je suis cofondatrice du groupe de travail Femmes en finance climatique depuis mars 2024. C’est un projet qui me tient beaucoup à cœur. Je siège également au C.A. de Voltage, un projet d’électrification de la société à Concordia, et à celui de Cycle Momentum, accélérateur de solutions climatiques.
Vous avez un parcours de vie atypique, n’est-ce pas ?
J’ai grandi en Roumanie pendant le régime communiste. J’ai vu la révolution passer, et disons que j’ai beaucoup apprécié même en tant qu’enfant l’importance des droits de la personne. La démocratie et la protection de la planète, c’est quelque chose qui se travaille, et non qui se tient pour acquis. Des systèmes totalitaires prennent ces choses-là très vite.
Mon parcours a donc toujours été motivé par le devoir d’avoir un impact. Chaque jour, j’ai ce sentiment.
Que signifie le prix Inspiration Andrée-Corriveau pour vous ?
Je suis touchée, émue, honorée. Je ne m’y attendais pas du tout. Je ne savais pas qu’il y avait autant de visibilité sur ce que je fais. Vous savez, il y a des femmes qui font des choses extraordinaires chaque jour et qui ne sont pas reconnues, même si elles le mériteraient. Le prix me donne de l’énergie et de l’optimisme.

PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, COLLABORATION SPÉCIALE
Delia Cristea, associée, cheffe de l’exploitation et cheffe du contentieux chez Power Sustainable
Quelle est votre vision de la finance ?
La finance, pour moi, c’est le système circulatoire de l’économie. Chaque décision financière a un impact sur le tissu social des communautés d’aujourd’hui et de demain. On a une responsabilité intergénérationnelle en finance, comme en politique ou en éducation.
Comment voyez-vous le statut actuel des femmes en finance ?
Je pense qu’il y a toujours un manque de femmes, surtout dans les positions seniors. Plus il y a de femmes dans la salle, plus elles participent aux décisions, plus on observe des résultats justes et durables. C’est en train de changer, mais lentement.
Je pense que la finance climatique est une porte d’entrée parce qu’elle n’est pas seulement tournée vers le profit, mais vers un impact social. Les femmes ont besoin de ça, je pense, un but qui est plus grand. Mais ça prend beaucoup de mentorat et de soutien. On a chacune un devoir de faire notre part. Je suis moi-même le résultat de la générosité de plein de femmes, donc je considère important de redonner.
Avez-vous des conseils pour les femmes en finance ?
Une première chose, il ne faut jamais perdre le courage. Vous faites quelque chose d’important. Deuxièmement, il y a une communauté qui existe et vous pouvez nous parler même si vous ne nous connaissez pas. Troisièmement, gardez votre esprit sur votre objectif. Il ne faut pas s’inquiéter de comment on est perçue. Donc, continuez à oser.