« Mon ambition, en prenant la parole en ouverture, est de partager une vision ambitieuse de la transformation digitale de la finance. Pour moi, un projet de transformation, c’est un peu comme gravir une montagne. L’objectif ultime, c’est d’atteindre le sommet – une direction financière plus efficace, qui produit un travail de qualité, qui crée de la valeur pour le métier et ses parties prenantes. C’est aussi, et surtout, une direction agile, capable de faire face à un monde en accélération constante, où les crises s’enchaînent et où l’adaptabilité devient clé », a tout d’abord déclaré Pierre-Julien Rivière.
Où en sont les Daf dans la digitalisation des opérations ?
Pour évaluer la maturité des directeurs financiers de l’assemblée, Pierre-Julien Rivière a invité chacun à se poser trois questions « volontairement provocantes, mais ô combien révélatrices ». D’abord : « suis-je capable de clôturer mes comptes en 24 heures ? Ensuite : puis-je présenter mes indicateurs de performance à tout moment, en temps réel ? Et enfin : ai-je un budget réellement vivant, capable de s’ajuster aux décisions stratégiques et aux fluctuations du marché ? »
Pour illustrer ces questions, le directeur financier a partagé des histoires vécues. « Je me revois en salle de consolidation, à 20h, le dernier jour de clôture. Un écart de deux millions d’euros surgit sur les intercos, tout le monde est sous tension. Ce genre de scénario pourrait être évité grâce à l’automatisation des flux et des contrôles. On gagnerait un temps précieux, on réduirait l’erreur humaine, et on consacrerait ce temps gagné à l’analyse et à la création de valeur. » Autre cas de figure, un directeur financier se prépare à une réunion stratégique. Il ouvre son tableau de bord et découvre que ses données datent de dix jours. Impossible de piloter sans visibilité en temps réel. Résultat : la réunion est annulée. « Si des outils dynamiques avaient été mis en place, la donnée aurait été disponible, fiable, et les décisions auraient pu être prises immédiatement », indique-t-il.
En résumé, la transformation digitale de la finance permettrait de faire plus, de faire mieux, et surtout, de faire plus vite d’après lui. « L’automatisation nous libère du temps pour l’analyse. Les dashboards dynamiques nous donnent une vision en temps réel. Et l’IA nous offre des prévisions fiables et une capacité d’anticipation sans précédent. Voilà pourquoi cette transformation est essentielle », analyse Pierre-Julien Rivière.
3 conseils pour intégrer l’IA dans la finance d’entreprise
Le directeur financier a préconisé trois conseils essentiels pour mener à bien la transformation digitale et introduire l’IA dans les processus comptables.
Premier conseil, c’est de ne pas attendre la solution parfaite pour se lancer. « Chaque pas, même modeste, a son importance. Il existe un proverbe asiatique que j’aime particulièrement : comment mange-t-on un éléphant ? Bouchée par bouchée. J’ajouterais que l’on a tout intérêt à commencer par les bouchées les plus digestes », a imagé le Daf. Concrètement, cela signifie qu’il est plus pertinent d’exploiter pleinement les outils déjà présents dans l’entreprise, plutôt que de chercher à tout révolutionner d’un coup. « L’essentiel est d’engager une dynamique, de poser les premières pierres, et d’inscrire son action dans une démarche d’amélioration continue ».
Deuxième conseil, investir dans les équipes. Aucune transformation ne pourra aboutir sans elles. « Il est fondamental de former les collaborateurs, de les accompagner dans l’appropriation des outils et des méthodes, afin qu’ils deviennent les moteurs des projets que vous souhaitez mener. Sans cette implication humaine, la technologie reste sans impact », insiste Pierre-Julien Rivière.
Troisième conseil, la transformation est un marathon, non un sprint. La valeur ne se crée pas dans l’instant, mais dans la durée. « L’enjeu n’est pas de digitaliser pour digitaliser, mais d’intégrer le digital de manière cohérente dans l’ensemble des processus de la direction financière ».
Le Daf de Carrefour a rappelé que le monde de la finance d’entreprise vivait « une époque passionnante. Nous passons progressivement d’une posture d’explication du passé à une posture d’anticipation de l’avenir. On ne nous demande plus simplement de commenter, mais d’éclairer, de décider, d’agir. C’est une transformation de fond : celle du rôle stratégique du directeur financier, qui devient un acteur de l’action, et non plus uniquement de la réaction ».
Un changement de posture, un passage du constat à la décision qui semble être la meilleure définition possible du fameux sommet évoqué en préambule, « comme la finalité de nos projets de transformation », a-t-il conclut.