Selon l’INSEE, la France comptait 4,4 millions d’indépendants fin 2022. Parmi eux, près d’un sur deux exerçait sous le régime de la micro-entreprise, un statut prisé pour sa simplicité mais qui se traduit souvent par des revenus modestes : 670 euros par mois en moyenne, et moins de 340 euros pour la moitié des micro-entrepreneurs. À l’opposé, les indépendants en entreprise individuelle classique déclarent en moyenne plus de 4 000 euros mensuels, avec de fortes disparités entre les professions.
Autrement dit, être freelance ne signifie pas nécessairement être précaire, mais impose d’anticiper ses périodes creuses et de construire une stratégie financière solide.
Compartimenter ses finances et faire des réserves
Quand on ne perçoit pas un salaire fixe chaque mois, il devient essentiel de repenser sa gestion de trésorerie. Il ne s’agit plus seulement d’épargner « quand il reste quelque chose », mais de construire un cadre clair et discipliné.
La première brique, c’est le matelas de sécurité. Il s’agit d’une réserve disponible à tout moment, sur un Livret A, un LDDS ou une assurance-vie, permettant d’absorber trois à six mois de dépenses courantes. Ce coussin vous évite de puiser dans votre épargne de long terme ou d’avoir recours au découvert bancaire au moindre imprévu.
Vient ensuite la question cruciale des impôts et cotisations sociales. De nombreux indépendants sous-estiment les sommes à provisionner, notamment lorsqu’ils dépendent du régime réel ou déclarent leurs revenus avec un décalage. Il est en réalité difficile d’anticiper avec précision le montant des impôts et cotisations, et les montants à provisionner varient selon votre statut, votre chiffre d’affaires, la nature de votre activité… Mais ils peuvent aussi être influencés par votre quotient familial ou la présence de revenus annexes.
Bref, difficile à anticiper, mais, pour les micro-entreprises, la grande majorité des freelances peuvent dormir tranquille en réservant chaque mois entre 15 % et 35 % de leur chiffre d’affaires.
À côté de ces réserves, il est judicieux de créer une épargne destinée à vos projets personnels et professionnels. Qu’il s’agisse d’une formation, d’un déménagement, d’un congé sabbatique ou d’un renouvellement de matériel, ces dépenses doivent être anticipées. Un compte à terme ou encore une assurance vie en fonds euros peuvent convenir selon votre horizon.
Ne pas sacrifier le long terme
Trop souvent, les indépendants repoussent la question de la retraite à plus tard. Or, à défaut d’un employeur pour cotiser à vos côtés, vous devez vous-même bâtir votre avenir.
Deux outils se distinguent ici. Le premier, bien connu, est l’assurance vie multisupports, souple, polyvalente, et fiscalement avantageuse après huit ans. Le second, plus technique mais redoutablement efficace, est le Plan Épargne Retraite (PER).
Ce produit, encore trop méconnu, permet à une consultante freelance ou à une dirigeante en EURL ou SASU de déduire de son revenu imposable les sommes versées sur son PER. Ainsi, une indépendante peut en verser une partie de son revenu professionnel sur un PER tout en réduisant son impôt sur le revenu. C’est un excellent moyen de lisser ses revenus dans le temps, tout en capitalisant pour l’avenir.
En revanche, les montants sont plafonnés chaque année, selon le salaire ou le bénéfice. Notez cependant que tout plafond non utilisé se reporte sur les trois années suivantes et peut se mutualiser au sein d’un couple marié ou pacsé. La formule de calcul est assez complexe, mais rassurez-vous, les montants disponibles figurent en bas de votre déclaration d’impôt.
Aucun plafond de versement ne limite le PER ; seul le montant que vous choisissez de déduire est borné. Vous pouvez verser plus, sans déduction. C’est simplement moins intéressant, car votre argent ainsi placé ne peut pas être débloqué à votre guise : vous ne pouvez en sortir que si vous remplissez certaines conditions assez restrictives.
Valoriser ses excédents de trésorerie
Lorsque vos revenus dépassent ponctuellement vos besoins immédiats, vous pouvez allouer une partie de votre trésorerie à des placements qui génèrent des revenus complémentaires, vous permettant ainsi d’anticiper des périodes creuses avec une forme de revenu « de base », sans puiser dans votre épargne. Attention, ces revenus ne sont pas garantis et présentent des risques de perte en capital.
Vous pouvez envisager un projet d’immobilier locatif. Si vous manquez de temps, privilégiez les placements « pierre-papier », offrant des distributions, en déléguant la gestion locative à un fonds immobilier, via une SCPI (société civile de placement immobilier) par exemple, dont certaines proposent des versements mensuels, ce qui est avantageux en complément de revenu. Vous pouvez également explorer la piste des ETF spécialisés dans le versement de dividendes (généralement annuels en revanche) ou encore à certaines obligations qui distribuent des coupons. L’objectif n’est plus la disponibilité, mais la valorisation ou la génération de flux récurrents. Il s’agit de se constituer une forme de « revenu passif », complémentaire à votre activité principale.
Pour y parvenir sans s’éparpiller, mieux vaut adopter une discipline simple mais rigoureuse : verser chaque mois un pourcentage fixe de vos encaissements vers vos différentes épargnes. Voici quelques repères simples pour s’organiser :
1. Automatisez vos virements
Simulez vos revenus annuels moyens, puis répartissez vos encaissements mensuels selon des pourcentages fixes. Par exemple :
· 50 % pour votre « salaire » courant
· 20 % pour les impôts et charges
· 10 % pour un matelas de sécurité (si pas encore constitué) ou des placements de distribution
· 10 % pour votre retraite
· 10 % pour financer des projets spécifiques
2. Priorisez l’épargne de sécurité
Avant d’investir dans un ETF ou d’acheter un studio, constituez une base liquide. C’est votre fondation.
3. Ne laissez pas dormir votre cash
Un compte courant n’est pas un placement. Même un livret fiscalisé rapportant 2 % net est préférable à une épargne dormante à 0 %.
4. Ne repoussez pas l’investissement sous prétexte d’irrégularité
Vous pouvez investir 50 ou 100 € par mois en ETF. La régularité vaut mieux que le montant.
Être freelance n’implique pas d’être dans l’incertitude financière permanente. À condition de structurer ses revenus et de compartimenter son épargne, il est tout à fait possible de bâtir une stabilité durable et de faire fructifier sereinement son activité. Vous l’aurez compris : la liberté ne se gagne pas seulement par l’indépendance professionnelle, mais aussi par une stratégie financière bien pensée !
